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La Renarde

POSTÉ LE 17.10.2026

« Ne vous retournez jamais, au risque de mourir sur place… » est l’avertissement écrit laissé par la défunte mère d’Hazel, jeune fille aussi belle qu’exaltée, dont la seule amie est une petite renarde. 

 

Nous sommes en 1897, en Angleterre. La Renarde d’Emeric Pressburger et Michael Powell est un joyau en Technicolor habité par un souffle visuelle et sonore hautement romanesque. Il faut suivre cette fille qui court pieds nus à travers la lande, sa renarde dans les bras, toutes les deux, objets de toutes les convoitises. Le duo de génie des réalisateurs anglais livre autour d’elles une mise en scène visuellement délirante, et même magique. Dès la première séquence tout est impressionnant, à commencer par la présence de la nature vibrante comme un prodige. Les arbres se parlent, les animaux se faufilent, les ombres du danger transpercent le soleil. On est balancé dans l’univers du conte, de l’enfance qu’il semble impossible de quitter. C’est tout le défi de cette héroïne, qui aime sans calculer, et traverse tout sans se préoccuper du danger et encore moins de la réalité triviale et tellement violente. La Renarde traite en cela avec beaucoup d’engagement de ces personnages éperdus, dont tout l’enjeu est de comprendre à quel point, en permanence, ils oscillent entre la grande victoire, ou, au contraire, l’inconscience de filer à sa propre perte. Pressburger et Powell maintiennent leur caméra, comme un cocher ou un cavalier tiendrait les rênes tendues d’un cheval en perpétuel galop qui ne s’arrêterait jamais, sans savoir s’il va arriver à bon port, ou verser dans le ravin et tout fracasser. Au cœur de ce ballottement considérable, il n’y a aucun manichéisme. Les hommes se dévoilent avec des caractères très différents, il y a la grosse lâcheté et le grand courage, en la matière, le film compte une des plus belles séquences de nécessaire humiliation du cinéma. Et toujours ce mantra… « Ne vous retournez jamais, au risque de mourir sur place… »

 

Virginie Apiou