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CLÔTURE
Lebowski, un curieux art de vivre !
POSTÉ LE 18.10.2026
Un peignoir, un vieux tapis et un club de bowling ont contribué au succès d'un film qui se joue des codes du film noir.
Il y aurait une foule de façons de raconter The Big Lebowski. La première serait de le résumer à un best of de répliques en v.o. – « Nobody calls me Lebowski. You got the wrong guy. I'm the Dude, man ! » La seconde consisterait à pitcher le film en mode sibyllin : « c’est l’histoire d’un tapis souillé qui disparaît du salon d’un type qui ne comprend pas ». Et une troisième consisterait à donner la recette du White Russian dont The Dude (le Duc) se délecte dès potron-minet. Cependant, le septième long des frères Coen - sorti deux ans après Fargo en 1998 - mérite plus d'égards. C’est une comédie policière qui sabote les règles du polar ; un portrait de l’Amérique où un loser magnifique devient une figure de résistance à l’ordre du monde, sans avoir rien demandé. C’est enfin un film à travers lequel un nombre considérable de fans ont identifié un nouvel art de vivre… en peignoir.
L’idée vient en partie de Raymond Chandler, ce qui n’en fait pas exactement un film de détective : Lebowski alias Jeff Bridges est un oisif fumeur de weed « qui se fait un peu vieux » expliquait Ethan Coen au Los Angeles Times en 1998. Avec Joel, ils reprennent les codes du film noir et les font dérailler, à partir d’un enlèvement, qui met en scène des truands, un millionnaire et les copains avec qui il joue au bowling. C’est peu de dire que l’intrigue est embrouillée. Mais c’est voulu, afin qu’il apparaisse que le type au milieu de l’écran en guenilles et sandales, semble le moins bien équipé pour en venir à bout.
À la sortie du film, les Coen ont été oscarisés un an plus tôt pour Fargo, mais The B.L. ne rencontre pas le succès espéré. Jeff Bridges le premier est « un peu déçu », convaincu qu’il était que le public adorerait cette folie. Il ne pouvait pas encore mesurer le phénomène à venir, qui donnerait lieu à des « Lebowski Fest » à travers les États-Unis et le conduirait à ressortir sa drôle de tenue pour des spots de pub et des happenings télévisés.
The Big Lebowski, - inspiré d’un personnage réel, le producteur Jeff Dowd qui avait aidé les Coen à leurs débuts-, occupe ainsi une place singulière dans l'œuvre des Coen. Après la noirceur de Fargo, le duo poussait ici plus loin son goût du chaos, des personnages lunaires et des rebondissements qui se dégonflent à mesure qu’on croit comprendre où ils nous conduisent. Autour de Dude, Walter (John Goodman), vétéran du Vietnam qui règle tout par la colère, Donny (Steve Buscemi), perpétuellement sommé de se taire, composent un trio comique dont l’alchimie repose sur la précision des répliques et leur caractère naturel. Et pourtant, si les échanges « semblent improvisés, ils ne l’étaient jamais » a révélé John Goodman. Comment le Dude est devenu culte ? Peut-être par sa façon de transformer l’inaction en philosophie. Il ne cherche ni la réussite, ni la domination, il veut juste qu’on lui rembourse son tapis, « qui faisait toute la pièce ». Au pays de la performance que demeure l'Amérique, son art de ne pas se laisser entraîner dans la course, conserve sans doute quelque chose de subversif.
— Carlos Gomez