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NATURE HUMAINE
Minotaure d'Andreï Zviaguintsev
POSTÉ LE 11.10.2026
« La nature humaine ne dépend pas des régimes politiques. »
Cinéaste russe des liens éternels entre les êtres humains, l'immense Andreï Zviaguintsev est au festival Lumière. Il présente Minotaure, son dernier film au destin très lié avec le cinéma de patrimoine.
Vous avez repris la structure narrative de La Femme infidèle de Claude Chabrol, pour livrer un récit sur la Russie actuelle dans votre film Minotaure, pourquoi ce choix ?
Ce film de Claude Chabrol où le spectateur observe le héros qui observe sa femme, était la forme parfaite de ce que représente le langage cinématographique. Cette contemplation, c'est l'essence même du cinéma.
Nous sommes dans un festival de films de patrimoine. Regardez-vous souvent des films classiques ?
Ça m'arrive effectivement de revoir de vieux films. Généralement c'est vraiment pour le plaisir. Mais il y a une vraie exception, c'est justement avec La Femme infidèle, parce que j'étais à un moment, en 2017-2018, où j'avais une série de scénarios sur mon bureau, mais ils étaient tous plus chers les uns que les autres, et je savais que ce serait compliqué pour les producteurs de réunir l'argent. Donc je me suis dit que peut-être il fallait que je voie des films plus anciens pour soit m'inspirer, soit éventuellement en faire des remakes. Et c'est à ce moment-là que j’ai demandé à mon ami Joel Chapron de me faire une liste des films français marquants des années 60 et 70. Il m'a listé 10 à 15 films. J'ai tout vu. Je me suis tourné vers La Femme infidèle.
Il y a un certain nombre d'hommages plan par plan que vous faites à Claude Chabrol.
Oui. J’ai repris certaines scènes telles que Chabrol les avait mises en scène. Je peux vous citer un exemple : Chabrol commence son histoire avec une scène avec la femme et la belle-mère qui regardent des photos. J'avais besoin de cette scène, je l'ai mise beaucoup plus tard dans mon film. J'ai aussi rendu un hommage à l'un de mes metteurs en scène préférés, une espèce de dieu du cinéma des années 60 : Michelangelo Antonioni. Il y a une séquence que j'ai reprise de La Notte, un moment où Jeanne Moreau se promène dans Rome et voit des adolescents qui lancent des tirs de mortier. Enfin il y a une deuxième citation d’un film d'Antonioni, L'Éclipse, où Monica Vitti voit des mâts de drapeaux qui bougent. J'ai tourné deux scènes en hommage à ces deux moments antonionesques, et curieusement, ni l'une ni l'autre ne sont entrées dans mon film.
Chabrol, Antonioni et Minotaure, on est dans une vision critique universelle du monde.
Oui, c'est sans doute effectivement universel, parce que la nature humaine telle qu'elle est, ne dépend pas des régimes politiques. Pour moi, la nature humaine n'a évidemment pas de frontières et quel que soit le régime politique, totalitaire, démocratique, libertarien, anarchiste, la nature humaine reste la même. Elle n'est pas in fine si influencée que ça par la politique. Vous avez les mêmes émotions un peu partout dans le monde, jalousie, envie, haine, amour… que vous soyez en Iran, en Corée du Nord ou ailleurs.
Propos recueillis par VA