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CINÉ-CONCERT

Musicien de l’ombre !

POSTÉ LE 11.10.2026

Pianiste, organiste, programmateur et compositeur, Didier Martel accompagne en musique des ciné-concerts à Lumière !

 

Comment préparez-vous les ciné concerts ?

J’ai commencé les ciné-concerts en 2018. Ça a été une révélation. Je connaissais Charlie Chaplin, les grands burlesques, mais j’ai découvert à Lumière les grands muets comme L’Aurore de Murnau. Un ciné-concert c’est se livrer à une improvisation. Il y a plusieurs niveaux de préparation. Il y a le travail quotidien du pianiste en faisant des gammes et des arpèges. La spécificité pour l’improvisation, c’est que c’est un travail d’endurance. Il faut arriver à jouer assez vite et assez longtemps, et exprimer au piano les passages aux différentes modulations, comme la dernière partie cataclysmique de Metropolis. C’est très physique. Pour bien improviser, il faut s’entrainer à jouer sans partition. Cela ne veut pas dire par cœur. On prend l’habitude de jouer à partir d’une base classique, Chopin par exemple, et on en change complètement la forme. On la transforme la valse en tango ou en ragtime. Je n’invente rien, mais je transmets avec ma sensibilité. Quand j’effectue cet exercice d’impro, je m’attache aussi à donner un petit côté spectaculaire dans mon jeu. Ça fait partie du spectacle qu’il faut livrer. Je suis à la fois un musicien de l’ombre et un interprète !

 

Accompagner des films de Charlie Chaplin implique quelles spécificités ? Suivre par exemple les impulsions de son corps, sachant que le personnage de Charlot ne tient pas en place et est par ailleurs très souple ?

Chaplin c’est une élégance permanente, même quand il fait l’idiot. J’avais lu des choses sur son approche de la musique. Il ne souhaitait pas qu’on double avec des effets sonores ses gags. Les trois films d’un des ciné-concerts sont très différents. Charlot boxeur est très énergique, sautillant, ça n’arrête pas pendant trente minutes. C’est la musique qui est le mouvement. Charlot chef de rayon est plus élégant, plus inventif, avec une approche du progrès de la société de consommation. Charlot musicien, c’est le Charlot beaucoup plus romantique, touchant. Chaplin est bouleversant, avec son sourire désarmant et c’est très inspirant pour un musicien. 

 

En quoi la sonorité du piano convient-elle à Charlot ?

Tout simplement parce peut-être Chaplin jouait du piano et du violon. Il composait des grands airs au piano dont celui de Les Lumières de la ville. Puis il les donnait aux arrangeurs qui en livraient une version symphonique. Le piano est l’instrument de la proximité. C’est populaire. On peut tout jouer. 

 

Parlez-nous du ciné-concert sur le film La Madone des sleepings de Marco de Gastyne et Maurice Gleize ?

Ce qui m’a frappé, c’est la beauté des images, le décor, le soin apporté à la photo du film au niveau sensoriel. Pour l’accompagnement musical, j’ai été chercher l’inspiration vers les années folles, quelque chose d’un peu léger, décadent, puis beaucoup plus sombre et soviétique pour le côté conspiration. C’est un film assez long, il fait 2h38. Je prépare des départs d’improvisation, des petites idées de mesures et je les développe pendant la projection. Ça demande beaucoup de concentration et de force physique.

 

Propos recueillis par Virginie Apiou