MIFC - RENCONTRE

Paolo Moretti

POSTÉ LE 14.10.2026

Paolo Moretti, Directeur du Département cinéma à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), Directeur des Cinémas du Grütli et Programmateur et responsable du Fonds cinéma de la Fondation Prada, est invité d’honneur du MIFC.

 

Photo P. Moretti © Angèle Marignac - Serra ECAL

 

Quel est le point commun à vos différentes activités ?

Le mot clé à mes trois activités est recherche. C’est une évolution perpétuelle. Dans les trois postes que j’occupe, il y a vraiment une intention de réfléchir en permanence sur comment accompagner l’évolution du cinéma, l’éducation par rapport à l’image en mouvement. Et puis finalement il y a un parcours idéal dans le sens où l’on forme une relève de nouveaux cinéastes, des nouveaux professionnels du cinéma pour distribuer et diffuser leurs films dans les salles. Nous agissons de la formation à la diffusion.

 

En quoi est-il important de préserver et diffuser le cinéma de patrimoine ?

Tous les cinémas sont importants, tout peut faire partie d’une recherche. Avec les étudiants de l’ECAL, on insiste beaucoup sur l’histoire afin qu’ils se positionnent en tant qu’artistes. Il est important de savoir d’où on vient, pour comprendre où l’on va. Sans cette conscience de ce cinéma de patrimoine qui a existé avant, il est très improbable que l’on puisse aller très loin pour un futur réalisateur. Un film n’est pas une actualité passagère, il s’intègre dans un patrimoine. 

 

Qu’est-ce que cinéma de patrimoine vous a apporté ?

Je viens de là. Je suis né en tant que cinéphile avec des films qui avaient vingt, trente, quarante ans de plus que moi. Ils ont changé ma vie littéralement, m’ont marqué, les grands films, comme les plus obscurs. Et ils continuent à distiller leur pouvoir de fascination. Ils activent l’imagination de générations en génération. Les cinéastes qui les ont réalisés ne pouvaient même pas imaginer être aussi inspirants. J’ai vu très jeune La Maman et la putain de Jean Eustache. Je ne pensais pas qu’un tel film était possible. Il me passionne encore aujourd’hui. Et je suis également fasciné par l’œuvre de transcendance de Werner Herzog. 

 

Et rencontrer les professionnels du MIFC et le public lyonnais ?

Déjà je suis très honoré par cette invitation. Ça va être un plaisir d’échanger sur cette idée de recherche, de réflexion autour du cinéma de patrimoine. J’aimerais partager comment, avec les cinémas du Grütli, on a doublé la fréquentation, passant de 49 000 spectateurs à 100 000 en quelques années, en projetant tous les genres de cinémas, contemporains, classiques. Je suis admiratif du festival Lumière notamment pour sa capacité à réussir avec des résultats formidables à donner une nouvelle vie au cinéma de patrimoine. C’est extrêmement important. Venir au festival sera aussi pour moi l’occasion de dialoguer autour des nouvelles idées à trouver pour que le cinéma restauré accède toujours plus à toutes les salles.

 

Quel film rêveriez-vous de voir restauré ?

Die Klage der Kaiserin, le seul film de la chorégraphe Pina Bausch, réalisé en décor réel à Wuppertal. C’est une œuvre extrêmement puissante que j’ai découverte de façon rocambolesque, dans une copie vidéo semi détruite !

 

Propos recueillis par Virginie Apiou