MIFC-RENCONTRE
Shivendrah Singh Dungarpur
POSTÉ LE 15.10.2026
Shivendrah Singh Dungarpur, Directeur fondateur de la Film Heritage Foundation, précurseur de la conservation du patrimoine cinématographique indien est à Lyon.
« Sur les 1338 films muets indiens, seuls 29 existent encore ! »

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En quoi consiste exactement votre travail ?
En 2014, j’ai fondé la Film Heritage Foundation, organisation à but non lucratif, pour la préservation et la restauration du patrimoine cinématographique indien. À l’époque rien de ce genre n’existait et des films indiens disparaissaient tous les jours. C’était une question d’urgence culturelle. Au fil des années on a sensibilisé les institutions culturelles, les festivals à cet héritage qui comprend aussi les cinématographies du Sri Lanka, Népal, Bangladesh. Nous avons par ailleurs formé des archivistes au Bhoutan, en Afghanistan, en Turquie, en Égypte et dans le Moyen Orient.
Où en est aujourd’hui la fondation 11 ans plus tard ?
Aujourd’hui la fondation préserve 700 films en pellicule, 200 000 objets, caméras… et nos restaurations sont projetées aux festivals de Berlin, Cannes, Venise, Toronto, Lyon et Londres. A travers ces films, ce sont des cultures, des langues qui ne doivent pas être oubliées. L’histoire du cinéma indien commence en 1913 avec le film de Dadasaheb Phalke, Raja Harishchandra, dont il ne reste qu’une partie. Sur les 1338 films muets indiens, seuls 29 existent encore ! Pour le cinéma parlant, ce n’est pas tellement mieux. Il a été estimé que nous avons perdu entre 70 à 80% de notre patrimoine. En ce moment l’Inde produit plus de 2000 films par an en 30 langues à travers 9 régions et autant d’industries cinématographiques dans lesquelles nous intervenons par le biais de workshops.
Parlez-nous du MAMI Mumbai Film Festival dont vous avez été le directeur jusqu’en 2024 ?
Fondé en 1997, c’est le premier festival de l’Asie du sud qui promeut un cinéma indien indépendant, vibrant, sur grand écran. Je crois à l’expérience collective des projections en salles pour faire découvrir au public des œuvres à la marge.
Que représente Lyon pour vous ?
C’est la première fois que je viens à Lyon le berceau du cinéma. Il n’y a pas de meilleur lieu pour présenter la restauration d’un de nos plus beaux films : Pakeezah. Chaque jour quand je vais à mon travail, je passe devant l’hôtel Watson là où les frères Lumière ont filmé Mumbai pour la première fois le 7 juillet 1896.
Quel cinéaste français compte dans votre cinéphilie ?
Je connais les grands maîtres, Gance, Renoir, Carné, Bresson, Tati et toute la Nouvelle Vague. Si je devais choisir mon cinéaste préféré ce serait Jean-Pierre Melville pour son style de cinéma de genre poétique et sa façon indépendante de les fabriquer. Ce que je rêverais de faire !
Propos recueillis par Virginie Apiou