© Léa Rener - Institut Lumière
MASTER CLASS
Todd Haynes
POSTÉ LE 14.10.2026
De sa rencontre déterminante avec la productrice Christine Vachon à la préparation de son nouveau film De Noche, en passant par son obsession pour la maladie, le cinéaste américain Todd Haynes s’est livré avec générosité au public du Pathé Bellecour. Extraits choisis.
« Douglas Sirk, Rainer Werner Fassbinder et Max Ophuls m’ont inspiré. »
Sa méthode, le livre d’images
Lorsque je prépare un tournage, je rassemble des films sur le même thème, de toutes les époques et de tous les genres. C’est comme si je me donnais une mission : je me lance dans des recherches et cela me donne l’opportunité de m’immerger dans un sujet, d’explorer ce que je veux raconter. A partir de ces recherches, je constitue un livre d’images que je donne à toute mon équipe : cela me permet de communiquer mon idée du film de façon visuelle. Beaucoup de réalisateurs fonctionnent comme cela.
Son obsession de la maladie
Je suis arrivée à New York en 1986, c’était alors le pic de la crise du sida. On se rendait compte que quelque chose de très grave se passait, mais on était complètement perdus. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai rencontré ma productrice Christine Vachon. Avec elle, on s’est tout de suite impliqués dans la lutte contre le sida aux côtés de l’association Act Up. La maladie, les traitements, tout cela faisait partie de notre vie. Et donc de notre cinéma. Dans l’un de mes premiers films Superstar : The Karen Carpenter Story, il était déjà question de la maladie puisqu’il raconte le combat de la chanteuse Karen Carpenter contre l’anorexie.
Merci Mary Poppins et Douglas Sirk
J’ai vu Mary Poppins lorsque j’avais trois ans, j’étais fasciné ! Cela a provoqué en moi l’envie de créer. J’ai tout de suite fait des dessins, habillé ma mère en Mary Poppins. C’est vraiment à ce moment que c’est devenu essentiel pour moi de créer. Après cela, j’ai été fasciné par un genre de films découvert au collège : les mélodrames. Ce sont des cinéastes comme Douglas Sirk, Rainer Werner Fassbinder et Max Ophuls qui m’ont inspiré. C’étaient tous des intellectuels européens qui avaient étudié le théâtre, le cinéma.
Bowie et l’androgynie
L’idée du film Velvet Goldmine est née de l’envie d’explorer le thème de l’homosexualité dans l’univers du glam rock. C’est un mouvement de la fin des années soixante qui venait des Etats-Unis, d’Angleterre, c’était un moment où tout le monde se questionnait sur le genre. L’androgynie a toujours existé, mais David Bowie a poussé la question encore plus loin. Et je pense que cela a collé parfaitement à ce que ressentait les adolescents de l’époque, ceux qui se sentaient dans un entre-deux « in-between », comme on dit. Ce qui est génial, c’est que cette ambiguïté est devenue la norme à l’époque, c’était formidable.
Christine Vachon, sparring-partner
Nous nous sommes rencontrés lorsque nous étions étudiants à New York. Je nous revois encore visionner mon film Superstar : The Karen Carpenter Story, sur le futon de mon salon. Tout de suite après, Christine m’a dit : « je veux produire ton prochain film ». Elle se bat tous les jours que les films existent. Elle fait partie des personnes qui ont permis de donner une visibilité au cinéma queer. Sur mon film Safe, il nous fallait un million de dollars, c’était très difficile de trouver le financement. J’ai failli laisser tomber, mais Christine est repartie au combat. Sans elle, ce film n’existerait pas !
Laura Lépine