© Paul Grandsard / © Pierre Richard
HOMMAGES
Tonie et Tony !
POSTÉ LE 12.10.2026
Lumière rend hommage à deux fidèles, Tonie et Tony. Tony Gatlif qui vient de disparaître. Le festival projette le magnifique Latcho Drom, dans une restauration 4K de KG Productions, avec le soutien du CNC sous la supervision de Tony Gatlif et Éric Guichard. Et Olivier Bomsel consacre un livre intitulé Toto, à l’actrice et cinéaste Tonie Marshall qui fut sa compagne et une très grande amie du festival Lumière ! On l’a rencontré.
Première femme à avoir reçu le César de la meilleure réalisation, la cinéaste Tonie Marshall, disparue en 2020, laisse une œuvre majeure marquée par un sens affûté du dialogue et du casting. Fille de l’actrice Micheline Presle, « Toto » (pour les intimes) était aussi une citoyenne engagée, une fan de foot et une experte de la sape. Et c’est sous ce surnom affectueux que son mari, l’économiste Olivier Bomsel, signe un récit émouvant et lumineux sur Tonie, la femme de sa vie, réalisatrice géniale qui a marqué des générations de cinéphiles.
« Quand elle montait ses films, elle choisissait les scènes à l’oreille. »
« Sa chambre d’enfant jouxtait la cabine de projection du cinéma Le Studio des Ursulines »
« Toto » est un récit choral, dans lequel s’entrecroise le parcours d’actrice-réalisatrice de Tonie Marshall et votre histoire d’amour qui a duré trente-huit ans. Comment est née l’idée de ce livre ?
Tonie m’avait toujours dit que j’étais l’homme de sa vie. Et puis cette expression m’est restée : je crois que je suis devenu l’homme de sa vie en écrivant ce livre. Tonie est décédée en pleine pandémie du Covid, sa mort est passée un peu inaperçue bien qu’elle fût une personne médiatisée. On m’avait proposé de faire un documentaire sur elle, mais le projet n’a finalement pas vu le jour. À la suite de la publication de mon roman « Après nous » aux Editions Séguier, je me suis lancé dans l’écriture de « Toto » en 2023. J’ai travaillé à partir d’archives récupérées chez Micheline Presle et des cahiers de notes que Tonie conservait dans son bureau.
Tout dans la vie de Tonie semble romanesque. A commencer par la naissance de sa vocation de réalisatrice…
Sa mère, l’actrice Micheline Presle était une grande cinéphile, mais ce n’est pas en allant sur les tournages que Tonie a découvert cette passion. Lorsque sa famille déménage près du Val-de-Grâce, sa chambre d’enfant jouxtait la cabine de projection du cinéma d'art et essai Le Studio des Ursulines. Tonie entend, rêve les films avant d’aller les voir. Elle avait un imaginaire original, au point que lorsqu’elle faisait le montage de ses films, elle choisissait les scènes à l’oreille.
Vous avez été aussi l’un de ses plus proches collaborateurs de Tonie, comment qualifieriez-vous son approche en tant que réalisatrice ?
Il est important de dire que c’est quelqu’un qui a écrit tous ses films. C’était une dialoguiste brillante. Une cinéaste qui écrivait les scènes en pensant aux acteurs, surtout aux actrices. A partir des dialogues, elle fabriquait le scénario, le casting et montait le financement « avec le casque », parce qu’il n’y avait pas d’autre choix d’ailleurs. Tonie était quelqu’un de très directif, sans être autoritaire. Elle avait aussi un art du management indiscutable.
Même votre rencontre avec Tonie, le 26 juin 1982, semble digne d’une scène de film. Elle se déroule dans une brasserie qui s’appelle « Vaudeville », ça ne s’invente pas !
Nous avons toujours été passionnés par le foot. Et nous nous sommes rencontrés en pleine coupe du Monde 82, qui fut un psychodrame (la France fut éliminée par l’Allemagne aux tirs au buts en demi-finale). J’ai tout de suite flashé sur Tonie, c’était un véritable coup de foudre ! A un moment, j’ai passé ma main devant le visage et je lui ai dit :« Je ne vous ai pas déjà vu quelque part ? » Ce qui a fait plier de rire nos amis présents ! Avant cette rencontre, j’avais, en effet, vu Tonie … sur grand écran dans le film Tout dépend des filles (1980) de Pierre Fabre.
Impossible de parler des films de Tonie, sans évoquer Nathalie Baye, l’une de ses actrices fétiches. Quel souvenir gardez-vous de leur collaboration ?
Elles se sont rencontrées grâce à Micheline Presle, qui s’était installée en Creuse sur les conseils de Nathalie. Elles se sont toujours très bien entendues. Tonie lui a proposé un rôle dans son film Enfants de salauds, sorti en 1996. C’est pour Nathalie qu’elle a écrit le personnage d’Angèle dans Vénus Beauté (Institut) (1999), puis celui d’Irène dans Passe-passe (2008). Tonie trouvait que Nathalie était une actrice épatante : pour elle, c’était une nature, une actrice à tempérament comme on dit !
Top 3 des films de Tonie Marshall selon Olivier Bomsel
Pas très catholique
Enfants de salaud
Vénus Beauté (Institut)
Propos recueillis par Laura Lépine