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FILM D’OUVERTURE
Une journée particulière
POSTÉ LE 10.10.2026
Il est le film le plus célèbre d'Ettore Scola, presque ex-æquo avec Nous nous sommes tant aimés (1974). Une journée particulière, drame social poignant sur l'Italie fasciste d'avant-guerre, nous raconte un moment suspendu : la rencontre entre deux êtres esseulés, interprétés par le duo légendaire Sophia Loren-Marcello Mastroianni.
Rome, le 8 mai 1938. Toute la ville se rend au défilé de Mussolini, qui accueille Hitler, dans la plus grande ferveur populaire. Antonietta (Sophia Loren), mère de famille, doit rester au foyer pour s'occuper des tâches ménagères, et fait la rencontre de son voisin (Marcello Mastroianni), viré de son travail car homosexuel. Le titre du film se réfère donc à cette journée, avec une histoire écrite par Ettore Scola lui-même, comme pour l'ensemble de ses œuvres – il était scénariste avant d'être réalisateur –, ici entouré de Ruggero Maccari et Maurizio Constanzo. En résultent des dialogues merveilleusement écrits, brillants d'ingéniosité. Parmi les répliques les plus marquantes, on retiendra celle-ci, reflet de l'absurdité de la situation à l'époque, et témoin du caractère engagé du travail de Scola : « Je ne pense pas que le locataire du sixième soit antifasciste. C'est plutôt le fascisme qui est anti-locataire du sixième ».
Dans ce huis-clos théâtral oppressant, deux âmes perdues se rencontrent. Deux laissés-pour-compte remarquablement interprétés par Sophia Loren et Marcello Mastroianni, qui n'en sont pas à leur premier film ensemble (ils en tourneront 14 au total !) Les deux stars italiennes, habituellement vues comme des sex-symbols, endossent ici des rôles à contre-emploi, le tout, dans un décor sonore continu de chants militaires et de commentaires radio sur la parade en cours, terrible rappel à la réalité.
Une journée particulière pourrait très bien s'adapter à notre époque actuelle. Grâce à un style acerbe et audacieux, doublé d'un discours féministe, Ettore Scola était même en avance sur son temps. Le cinéaste italien, qui a vécu de l'intérieur ce fameux défilé étant enfant, interroge la place de l'individu dans l'Histoire, et montre du doigt une société qui rejette tout homme ne pouvant être « ni mari, ni père, ni soldat ». Surtout, il crie l'importance absolue de la liberté, thème principal de ce film, d'abord symbolisée par le perroquet d'Antonietta qui s'échappe de sa cage, puis à travers une manifestation physique simple, symbole de joie, et arme redoutable : le rire.
Fanny Bellocq