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RENCONTRE

De l'enfance

POSTÉ LE 17.10.2026

Enfant, Wim Wenders ne connaissait que les ruines de l’Allemagne, son pays détruit de l’après Seconde Guerre mondiale, « c’était mon monde ». 

 

Cette formule est tirée de L’Image originelle, documentaire pas comme les autres, qui se focalise sur les débuts des grands cinéastes. Avec l’épisode consacré à Wenders, on va de découvertes en découvertes aussi merveilleuses qu’addictives. On resterait volontiers très longtemps en compagnie de ce très grand cinéaste qui tout à coup nous dit avoir tellement confiance dans le cinéma quand il est magnifique, qu’il se met à rêver devant l’écran, « je me suis endormi parce que j’avais tellement confiance ». Le créateur et réalisateur de cette formidable série, Pierre-Henri Gibert, se souvient de sa rencontre avec le prix Lumière 2023.

 

Qu’est-ce Wim Wenders pour vous ? 

Ma cinéphilie s'est construite lorsque j'étais adolescent autour de sa figure. Il a incarné tout à coup une sorte de phare culturel européen qui s'exportait, qui inconsciemment me parlait, toutes les thématiques sur le vide, le fait d'habiter le monde et d'avoir une place en tant que spectateur. Il y a quelque chose d'extraordinaire chez lui, c'est qu’il crée un espace où l’on peut se rendre avec nos chagrins d'amour, nos burn-out, nos doutes. Et on est accueilli avec douceur, et ainsi, il nous raccorde au monde, très simplement, juste par son cadrage, grâce à une façon de regarder. Des petites choses qui pourraient passer pour totalement anodines, deviennent dignes d'être vues. Elles deviennent curieuses, parfois drôles. La vie prend une vraie richesse, et ça devient assez extraordinaire d'être en vie. Surtout qu'il y a des personnages solitaires qui finissent par avoir une connexion avec l'autre. Et ça fait tellement de bien. 

 

Comment Wenders s’est-il inscrit dans le principe de L’Image originelle ?

Ce qui était étonnant c’est que personne ne connaît le premier film de Wenders, Summer in the city (1970) et ce pour une raison simple, c'est qu'il n'a quasiment pas été projeté. Wenders n’avait pas les droits des musiques qu’il voulait, alors il préfère ne pas sortir son film. Ce n'est pas le moindre des paradoxes de Wim Wenders, cet homme qui a l'air si doux, possède en même temps une force doublée d’une extraordinaire rigueur artistique.  

 

Son cinéma lui ressemble ?

Oui. Wenders s'abandonne au monde, il est très ouvert aux choses, c’est très touchant. Ça insuffle à son cinéma une sorte de suspense, on ne sait jamais où on va. Et quand on se replonge dans Summer in the City, c'est extraordinaire parce qu'il y a toutes les clés de toute l'œuvre à venir. Il y a une radicalité très impressionnante. Et la fidélité qu'il a par rapport à ce premier geste de continuer à vouloir le restaurer, le projeter me touche. C'est une sorte de force et de confiance quand même très spectaculaire. 

 

Qu'est-ce qui vous a marqué dans sa présence sur le plateau de votre tournage ? 

Il est arrivé, c’était comme une sorte d'évidence, de disponibilité. On n'avait pas commencé à l'entretien que tout à coup, il aperçoit une ombre très belle qui se projetait sur le mur. Hop, il s'est arrêté, il a pris une photo. Déjà, on était dans du Wenders, c'était quand même assez fascinant. C'est quelqu'un qui est pleinement là, et le contact semble évident. Ça m'a plus qu'étonné, ça m'a séduit. Ce qui me touche et m'émeut globalement, c'est la force, la confiance qu'il a dans le cinéma et dans la capacité du spectateur à se connecter avec son monde. C'est un acte de foi que je trouve extraordinaire. Il peut partir en tournage sans savoir ce qu'il va tourner, en étant persuadé que oui, ça va être tellement formidable au quotidien en étant disponible aux choses qu’il trouvera ce qu’il veut filmer. Il y arrive, parce que c'est lui, parce qu'il y a quelque chose d'une démarche vraiment profondément sincère. Ça force quand même l'admiration et évidemment ça rend chacun de ses déplacements, de ses gestes, héroïques. 

 

Propos recueillis par Virginie Apiou