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La Femme insecte

POSTÉ LE 12.10.2026

Née à la campagne en 1918, Tome n’a d’autres choix que de se prostituer si elle veut survivre… 


La Femme insecte de Shohei Imamura est autant le portrait d’une femme que celui d’une société rurale japonaise aux repères ancestraux, animistes, entre travaux aux champs harassants et travail mécanique en usine. Le cinéaste japonais filme de façon crue le sort fait à ces filles que rien ni personne ne protège. Le jeu des corps le dispute à celui des mille et une façon de crier pour des humains qui ne cessent de se maltraiter. Il ne faut voir dans ce tableau d’une collectivité que de la vérité, une dimension d’un réel puissant, une pulsion de vie méchante, mais c’est la vie quand même avec ce qu’elle a d’essentiel, sans jugement. La comédienne Sachiko Hidari reçut l’Ours d’argent à la Berlinale pour son interprétation vraiment exceptionnelle. Elle est aussi marquante dans les étables de la ferme que dans la ville. Elle symbolise à elle seule un Japon défait de l’immédiate après Seconde Guerre mondiale, celui qui marche courbé, qui confesse ses échecs et s’aperçoit que les autres sont comme elle. Dans ce dédale de comportements dits impurs, Imamura circule avec une puissance de récit incroyable. Ses cadres sont indiscrets. Il démasque avec un talent visuel et sonore fou l’idée que la honte nationale ou privée certes peut hanter les âmes, mais ne vainc jamais les corps. Et chez lui, les corps c’est toute la vie ! La Femme insecte est un film terrible dans le plus splendide du terme ! 

 

Virginie Apiou