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IT GIRL
Sa vie est un roman !
POSTÉ LE 15.10.2026
« Je suis une curiosité à Hollywood » disait Clara Bow. Effectivement, la jeune actrice a eu un destin pas comme les autres. Aussi connue en son temps, que Margot Robbie aujourd’hui, -dont l’héroïne de Babylon de Damien Chazelle est inspirée-, Bow est la première et l’ultime It Girl. Explications par l’historien du cinéma Martin Barnier.
Qui était Clara Bow ?
Une star naturelle qui s’est révélée sans jamais avoir fait de théâtre, ni pris de cours, et ce à 16 ans ! C’est une personnalité entièrement donnée à l’écran, avec une force incroyable.
En quoi était-elle un génie du muet ?
Elle a joué dans beaucoup plus de films muets que parlants. Pour elle le cinéma c’est de l’action, c’est jouer avec son physique, se déplacer, dévoiler des expressions, bouger sans cesse. C’est un aspect fondamental pour le cinéma muet. Elle a réussi à complètement maîtriser son corps pour pouvoir exprimer ce qu’on lui demandait. Tous les cinéastes du muet qui l’ont dirigée, obtenaient exactement les émotions demandées pour chaque scène. Le muet est vraiment sa période la plus riche et qui a fait d’elle une star.
Qu’est-ce que le parlant a apporté à sa carrière ?
Clara Bow a eu très, très peur de ne pas réussir son passage au parlant. Elle était tellement sous pression par les studios, qu’elle avait chez elle des rangées de bouteilles de calmants. Elle va même jusqu’à dénigrer sa voix auprès de la Paramount. Pourtant sa voix est grave, bien ondulée, très vivante. Par exemple, elle chante admirablement notamment dans les comédies musicales.
Diriez-vous que sa vie était un roman ?
On pourrait dire ça. Elle a vécu une enfance sans amour et dans la misère la plus absolue, entre une mère malade, parfois prostituée, morte très jeune et père absent qui l’a violée. Elle a dû se défendre autant chez elle qu’à l’école où l’on se moquait de ses habits. Elle se bat physiquement et a une réputation de tomboy. La fin de sa vie est très dure, elle développe une phobie complète du monde, probablement due à ce que les journaux à scandale écrivent sur elle autour d’histoires sentimentales et sexuelles imaginaires d’après ses rôles. Dans Hula, elle joue une jeune femme totalement libre. Dans la première scène, elle se baigne nue. On voit ses seins. Elle monte à cheval, met des pantalons et oblige un homme marié qu’elle aime à divorcer. C’est la it girl, elle a ce je ne sais quoi d’irrésistible. Il y toute cette puissance de vie, cette joie, son rayonnement naturel qui ne sont pas fictifs. Elle était la flapper, la garconne des années 20 qui s’amuse. De 16 à 25 ans, Bow a une vie d’une intensité incroyable entre sorties, jeux et alcool. Clara Bow symbolise le contraste très fort entre une violence extrême et un succès professionnel intense.
Parlez-nous de Le Coup de foudre de Clarence G. Badger ?
Elle y est la définition de la flapper, la jeune femme indépendante dans sa volonté de plaisir sans entraves. Elle symbolise aussi une fragilité adolescente qui passe par une force de vie incroyable auquel rien ne résiste. En 1927, elle a 21 ans, elle incarne cette ambiguïté entre puissance sexuelle trop forte pour beaucoup de monde, et, une souffrance toute aussi forte. C’est très intéressant sur ce que cela révèle sur un âge de la vie où l’on refuse d’être catalogué.
Qu’est-ce qui fait que c’est une personnalité d’aujourd’hui ?
Ces films sont intemporels. Entre 1927 et 1934, soit la période pré code Hays, il y avait plus de liberté dans les mœurs, il y a toute une modernité cinématographique, notamment dans les films de Clara Bow. Ça s’adresse totalement au public d’aujourd’hui car ça parle de ce qui est fort dans la vie, comme la sexualité, l’expression des corps très présente dans cette période du cinéma muet. Bow a vécu une vie de jeune femme avec ses émotions les plus fortes. Aujourd’hui personne ne trouverait rien de répréhensible à cela !
Propos recueillis par Virginie Apiou