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FOCUS

Un flic

POSTÉ LE 18.10.2026

« Les seuls sentiments que l'homme ait jamais été capable d'inspirer au policier sont l'ambiguïté et la dérision… »

 

Cette citation de Vidocq est en préambule d’un polar tout à fait extraordinaire, Un flic, de Jean-Pierre Melville. Outre le fait qu’il s’agit du premier (et meilleur) film réunissant de façon lapidaire mais marquante, Catherine Deneuve et Alain Delon, cette œuvre est à Delon, ce que Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick est à Tom Cruise. Une forme d’autoportrait qui ne dit pas son nom. Comme si tout le génie de ces deux grands cinéastes avait été de piller leurs acteurs principaux avec un assentiment non-dit et foncièrement troublé de leurs parts. Le teint pâle et have de l’homme qui se ment à lui-même et le sait parfaitement, Delon, sa beauté impitoyable, traverse ce récit en commissaire dont on se demande en permanence si le hors-la-loi, la part de salaud, ce n’est pas lui qui la porte. Melville enchaine les séquences totalement inspirées. Il joue avec l’ombre et la lumière quand il s’agit pour son flic de se révéler. Il profite de la potentielle froideur du visage de Delon pour le laisser impavide, de profil face à une Deneuve spirituelle à souhait. Tout à coup, il rapproche la caméra pour chopper un acte délictueux et tragique que cet homme censé défendre la loi laisse faire, aux yeux de tous. Et puis ! Las ! Melville oblige (mais oblige-t-on vraiment Delon ?) son comédien fétiche à jouer l’homme salement violent dans une séquence face à un personnage d’indic trans, entre haine et désir. Autour de ce flic, le monde, les braquages, les affaires souterraines, les bons acteurs, résonnent comme un écrin réussi pour une œuvre aujourd’hui toujours aussi séduisante, et le premier rôle de flic de toute la carrière de Delon, qui le transforme en sommet d’ambiguïté orgueilleuse et dérisoire. 

 

Virginie Apiou