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HISTOIRE(S)
Une question de vibrations
POSTÉ LE 13.10.2026
Deux avant-premières La Bola Negra, Moulin, et une œuvre patrimoniale Espoir, sierra de Teruel au festival Lumière confrontent un même sujet, la résistance !
Rien de mieux qu’un festival du cinéma de patrimoine pour mesurer pleinement l’importance de chaque film et leur complémentarité sur un même thème. Raconter l’Histoire, mais à des temporalités différentes, permet de faire agir notre mémoire, d’ajouter au temps de la réaction, -celui de réaliser un film au moment même où l’histoire se passe-, le temps de la réflexion, -celui de tourner une œuvre des décennies plus tard. Espoir, sierra de Teruel d’André Malraux, dont on va fêter à Lumière le cinquantenaire de la mort, a été filmé en 1938, en Espagne, alors même que les combats des Partisans Républicains contre les Franquistes faisaient rage ! La Bola Negra de Javier Ambrossi et Javier Calvo sur la guerre d’Espagne, et Moulin de László Nemes sur la Seconde Guerre mondiale, sont réalisés en 2026. Soient deux façons de visiter l’Histoire, l’une à chaud, l’autre avec le recul et la notion d’héritage, et tous peuvent être mise en perspective avec notre époque. Le devoir de mémoire immédiate qui fonctionne comme du sang vif, auquel s’ajoute le devoir de mémoire des décennies plus tard, sont deux manières d’agir contre l’oubli. Les projeter lors d’un même festival, démontre toute la valeur du cinéma !
Ces trois œuvres mettent en scène le contexte de la guerre, le jeu des classes sociales où prolétaires, bourgeois, artistes, paysans, ouvriers… s’unissent dans une même histoire d’hommes. Se développent autour d’eux des rituels de solidarité et de camaraderie atemporels. « Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place… » dit le chant des partisans de 1943, hymne de la Résistance et que pourraient reprendre pour eux-mêmes les combattants de Malraux, ceux de La Bola… et de Moulin. Chacun se questionne sur les mêmes notions politiques que sont les raisons de l’engagement, la loyauté, l’amitié et même l’amour. Des hommes qui ne se connaissent pas deviennent plus que frères même pour quelques minutes. On explique ses choix et opinions comme des confessions devant le groupe humain des soldats lors de moments d’accalmies.
Ces films développent une gestuelle caractéristique. On apprend à se servir d’une arme par nécessité, à parler à voix basse, à suivre avec minutie des indications sèches, délivrées avec des regards tendres, car on sait le prix du danger et combien le temps peut être compté. Aussi on célèbre autant qu’on peut, on chante, on danse, on exulte. Le corps est au centre de tout. Le corps blessé, torturé, qui peut devenir et devient le cadavre, c’est l’enjeu de ces guerres. La mort y est distribuée comme des exécutions, selon un romanesque brutal, un lyrisme net chez Malraux, pressé par les vrais combats qui sévissaient alors ; et un lyrisme fou jusqu’au sacrifice chez Moulin et La Bola Negra. Ces trois films disent la même chose, l’Homme doit être grand dans certaines circonstances.
« Que peux-tu faire pour les morts ? » dit un homme de Espoir, sierra de Teruel. « Leurs être reconnaissants » lui répond-on. En revenant chacun à leurs manières sur des actes du passé plus ou moins immédiats, ces trois films montrent combien le cinéma lutte contre l’oubli, fonctionne comme des rappels sur des réalités de la guerre hélas atemporelles.
Virginie Apiou