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DARK DARK DARK

Sorcier de l'image

POSTÉ LE 16.10.2026

Robert Eggers aime la beauté des cauchemars peuplés de créatures. 

 

En quatre et bientôt cinq films, le réalisateur, né en 1983 à New York, a imposé un style cinématographique gothique à chaque fois prodigieux. Chez lui, on aime la mort, les humeurs physiques, le charisme du sang et les dimensions fantastiques. Car celui qui voue un culte à « Dark Vador plutôt qu'à Luke Skywalker », est hanté par le passé. Ses films dont il est scénariste : The Witch (2015), immense succès qui coûta quatre millions de dollars pour en rapporter quarante, The Lighthouse (2019), The Northman (2022), et Nosferatu (2024), se déroulent loin de notre époque moderne. Ce qui meut Eggers, c'est la folie furieuse de redoutables personnages et monstres mythiques. Et rien de mieux que les costumes somptueux et les paysages volontiers torves et évocateurs du passé pour emporter au cœur d'un imaginaire qui fait judicieusement flipper. 

 

Grand admirateur de cinéma de genre, auteur d’un remake de Nosferatu de Murnau (1922), Eggers n'est pas pour autant un reproducteur. C'est un véritable créateur qui soigne chaque détail de ses films maniaques. Il y entraine le corps humain (ceux de ses acteurs) vers des transes magnifiques. Chez lui, Willem Dafoe, Lily-Rose Depp, Robert Pattinson, Nicole Kidman, Ana Taylor-Joy sont méconnaissables d’intensité. Ils se battent, se défendent, agressent, entraînent le spectateur dans un ailleurs addictif, inoubliable. Son prochain film, Werwulf, avec Aaron Taylor-Johnson nous projette en plein XIIIè siècle anglais, à la recherche d’un monstre mystérieux et sidérant. Chez Eggers, le monstre peut être chacun d’entre nous. « Frankenstein est le premier film que je me souviens avoir vu à six ans… J’ai été réellement terrifié par la silhouette et le visage de Boris Karloff. Mais, bien qu’étant enfant, j’ai réalisé qu’il était lui aussi une victime » explique le cinéaste pour lequel recréer à chaque fois une atmosphère qu’il qualifie de « post-expressionniste », c’est se rapprocher de l’enfance. L’enfance, c’est le pays des contes, l’immersion dans un monde subversif où tout est plus fort que la réalité. En grand cinéaste formaliste, Robert Eggers invente tout un cinéma formidable. 

 

Virginie Apiou