© Lucas Aymard - Jean-luc Mège Photography

MASTER CLASS

« Aller au cinéma est une joie ! »

Le hong-kongais Tsui Hark répondait lors de sa master class à de judicieuses questions !

 

CINÉMA

Je suis cinéphile depuis l’enfance. Les films japonais, surtout Akira Kurosawa, m'ont inspiré. Quand j'ai eu mon Bac, je trouvais tout très ennuyeux ! Un ami m'a demandé ce que j'aimais faire dans la vie, j'ai répondu : aller au cinéma. C'est là qu'il m'a conseillé de faire des films.

 

RIDICULE

La comédie est un genre difficile. Pour les réussir il faut être très optimiste sur notre monde, montrer des choses qui nous rendent heureux. Dans tous les cas, que ce soit pour voir une comédie ou pas, aller au cinéma est une joie ! Plus je traite un sujet sérieux, plus j'arrive à trouver une facette comique. Par exemple le Covid : nous faisons confiance au gouvernement, aux hôpitaux, on pense qu'on est protégés etc. et soudainement il y a un tout petit virus qui arrive et tout s'effondre, nos relations sont impactées, on se sent abandonné. Il y a un petit côté désespéré là-dedans qui devient ridicule, et ce ridicule m’amuse.

 

STRESS 

Les films de Hong Kong sont peut-être les plus créatifs à partager avec le public. Ils sont faits pour les hong-kongais stressés ! C'est pour ça que mes films ont cette tension. Tous les cinéastes de Hong Kong ont toujours l'impression que leur film sera leur dernier, c'est peut-être aussi pour ça que leurs œuvres sont très énergiques. Ça donne alors plein d'humour et de décalage qui fait notre spécificité.

 

PARFOIS …

… je me dis que j'aimerais refaire certains films. Certains acteurs me manquent, notamment ma femme qui nous a récemment quittés, et à qui je dois tout cela. Elle était très importante pour moi, mais je sais que spirituellement elle est avec nous aujourd'hui et heureuse de nous voir tous réunis ici.

 

IN-SATISFACTION

Il y a quelque chose de nouveau : avec nos téléphones et Internet, on est bombardés par des infos de toutes sortes qui ne font pas partie du monde dans lequel on vit. Du coup, on n'est presque jamais satisfaits. Les jeunes générations, c'est très dur pour eux car on leur montre un but presque inatteignable. J'ai l'impression qu'ils laissent un peu tomber : tout leur semble plus difficile à atteindre.

 

AMOUR = DEUX MOTS

En France, en Angleterre, l'amour c'est un seul mot. Mais en chinois ce sont deux mots. Le premier signifie rendre quelqu’un heureux. Le second est plus proche de la possession : s'accaparer quelqu’un ou quelque chose qu'on aime. Du coup, c'est toujours une sensation frustrante. La personne pour laquelle vous avez ce sentiment, vous voulez qu'elle soit heureuse, et en même temps vous voulez la contrôler. L'amour, c'est surtout l'énergie, ce qui nous donne notre force. 

 

BIENTÔT

Il faut vivre dans le moment, mais aussi se projeter sur les 5 années qui viennent. J'ai cette idée de créer un monde rêvé qui partirait d'une ville comme Hong Kong ou Pékin, et j'ai envie de l'imaginer dans le futur : qu'est-ce que ça pourrait devenir ? Penser à ça me donne de l'inspiration et c'est le plus important pour moi : l'inspiration de la vie.

 

SÉRIEUX ? JOYEUX !

Chaque période de notre société inspire des histoires. L'humour y est essentiel, encore plus aujourd'hui alors qu’on est entourés de virus, de guerres, de mauvaises nouvelles, etc. Je vais terminer sur ce message : le cinéma est quelque chose de sérieux. Il permet d'affronter le monde dans lequel on vit, mais faire du cinéma doit rester une expérience joyeuse. La créativité doit être une expérience de joie, surtout les films de guerre !

 

Propos recueillis par Fanny Bellocq