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ÉVÉNEMENT
Gustav Machatý, le cinéaste des filles sans trucage
POSTÉ LE 13.10.2026
Éloge de la jeune femme, c’est ainsi qu’aurait pu aussi s’intituler le cycle en trois films que Lumière consacre au cinéaste tchèque Gustav Machatý, du muet au parlant.
Machatý, né en 1901 à Prague et mort 1963, est fasciné par les visages féminins. Il les filme en très gros plan, pleins de désir, d’attentes, d’envie de vivre doublée d’une sorte de gravité sacrée. Le cinéaste balance ce côté tragique avec un sens du romanesque très addictif appris sans doute auprès d’Erich von Stroheim lors de son séjour à Hollywood. On suit immédiatement ces héroïnes qui vibrent dans trois films magnifiques, Erotikon (1929), Du samedi au dimanche (1931), Extase (1933).
C’est par Extase que Machatý a connu une renommée mondiale et avec lui la comédienne Hedi Lamarr. La scène culte de cette œuvre racontant les émois à corps perdu d’Eva, jeune femme mal mariée, est encore aujourd’hui une des grandes séquences empreintes de pureté sexuelle et sentimentale les plus belles de l’histoire du cinéma. Poitrine dévoilée et palpitante dans le vent, Lamarr joue sans réserve. Elle est une ode à la vie, quelque chose qui ne se démode pas.
Plus secrets, mais néanmoins forts, Erotikon et Du samedi au dimanche, sont eux aussi des chansons d’amour où deux filles jeunes battent comme des papillons affolés sous le regard de l’homme jeune tout aussi épris d’amour et ému, touché. L’émotion est grande quand on observe ces visages juvéniles aux regards embrumés qui aimeraient pouvoir parler. Elle est renforcée par le son, entre cinéma muet et cinéma parlant. La musique chez Machatý est un dialogue, la pulsion des cœurs, des respirations plus ou moins chaotiques. Elle scande les histoires comme une voix humaine. Le réalisateur tchèque sait si bien s’en servir que passer au parlant ne lui a pas posé de problème, les répliques sont une autre musique. Rien d’étonnant quand on sait que Machatý fut très jeune, pianiste et acteur, mais aussi monteur, producteur, scénariste, auteur d’une œuvre de dix-sept films entre 1919 et 1955, autour d’une notion toujours poignante, celle de se donner.
Virginie Apiou