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VELVET
Todd Haynes, cinéaste aux merveilles
POSTÉ LE 10.10.2026
« Les personnages vulnérables qui ne savent pas comment communiquer sur qui ils sont et ce qu’ils veulent, me touchent. »
Avec Todd Haynes, le festival Lumière accueille un cinéaste qui met l’être humain au sens secret, au centre de tout. Entre 1991 et 2026, en une dizaine de longs-métrages de fiction, le réalisateur américain impose un cinéma qui regarde l’intérieur des corps pour voir à l’intérieur des âmes. Autant physiques qu’oniriques et psychiques, les films de Todd Haynes empruntent des chemins tortueux, esthétiquement splendides, et à la signification passionnante !
Cinéaste, scénariste et producteur, Haynes naît en 1961, à Los Angeles. En 1978, il filme son premier court-métrage, The Suicide (1978), suivi après ses études par Assassins: A Film Concerning Rimbaud (1985), Rimbaud, poète français qu’il adore. Installé à New York, et encore étudiant, il marque avec un nouveau court en 1987, Superstar :The Karen Carpenter Story. Il imagine un dialogue avec la chanteuse culte Karen Carpenter aux prises avec son anorexie, en mettant en scène un ballet de poupées Barbie. Cette œuvre aujourd’hui invisible, fait scandale par son évocation sans fard de la maladie mentale. En trois films brefs, Haynes pose les trois grands codes de son cinéma : l’enfance, la musique populaire, le mal de vivre à travers la maladie physique.
« C’est cool quand on me dit que mes films sont tous différents » commente Haynes avant d’ajouter. « Tous mes films s’interrogent sur la société et sur les individus au sein de la société. » Dans ce cinéma de personnages, Haynes traque la relation au monde extérieur à travers leurs corps. En 1991, il se pose cette question dans son premier long-métrage, Poison, soit trois histoires d’après l’écrivain français Jean Genêt. Le film abordant l’homosexualité masculine est Grand Prix du Jury à Sundance, et fait de Todd Haynes un cinéaste repéré, terriblement intrigant qui sera par la suite souvent récompensé notamment au festival de Cannes.
Le film d’après, Safe (1995) sanctifie les personnages fragiles, qui échappent à tous les schémas parce que leurs corps et leurs esprits expriment de façon subversive leurs peurs et leurs désirs. Loin du paradis (2002), Carol (2015), Le Musée aux merveilles (2917), Dark Waters (2019), May December (2023), regorgent de ces êtres vibrants qui nous tendent un miroir à travers leurs batailles. Face à eux, Haynes convoque d’autres héros, les musiciens des années 1970, 1980 avec Velvet Goldmine (1998) et I'm Not There (2007). Plus épanouis, car plus accomplis, ces versions multiples de David Bowie, Lou Reed ou Bob Dylan dévoilent un cinéma méga sensuel et sexy qui soigne autant le fond que la forme. Avec son directeur photo Edward Lachman, Haynes signe des images d’une profondeur déterminante. Les couleurs vont du plus chaud et colorées Technicolor, aux nuances ténébreuses. Toutes ont pour objet de faire entrer l’œil du spectateur toujours plus loin dans l’histoire sans même qu’il ne s’en rende compte, faisant de Todd Haynes, un grand cinéaste qui sait divertir, tout en faisant réfléchir.
Virginie Apiou