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SUR UN FIL
Zhang Ziyi, le sens de l’équilibre
POSTÉ LE 10.10.2026
Invitée d’honneur d'une séance de Tigre et Dragon à la Halle Tony Garnier et d’une master class, la star chinoise mène sa carrière en funambule vertigineuse à plus d’un titre.
Depuis ses débuts, la vie de Zhang Ziyi semble suspendue à un fil. Elle a vingt ans, sur le tournage de Tigre et Dragon, en 2000, film de sabres et d’action, elle passe ses journées, harnachée au bout de câbles tendus sous les toits du studio. Elle a passé deux moins à apprendre à manipuler une épée. Ang Lee lui apprend à crier lors des scènes de combat, à incarner une fille forte. À la sortie du film qui rencontre un succès international, tout le monde la consacre grande actrice de Wu xia pian. Comment on devient une légende sans jamais l'avoir cherché.
Cette fille d’un comptable et d’une institutrice a tracé sa carrière de comédienne entre deux continents : Pékin - où elle a fréquenté de longues années une académie de danse à la discipline de fer - et Hollywood, où en 2005, elle incarne une geisha dans Mémoires d’une geisha... Elle a vingt-six ans. Elle impose aussi sa silhouette charismatique dans la comédie policière Rush Hour 2 et le film fantastique The Cloverfield Paradox.
En apesanteur jusqu’au vertige, Zhang Ziyi l’a été aussi entre trois créateurs dont elle a épousé les univers si singuliers. Zhang Yimou la découvre à dix-neuf ans à la sortie de son école de danse, et la pousse littéralement sur La Route de la maison, sorti en 1999. C'est lui qui, peu après, décroche son téléphone pour convaincre Ang Lee de l'auditionner. L'appel qui a tout changé. À la suite, Wong Kar-wai la dirige dans 2046 et The Grandmaster : pas de script, de l'improvisation. Une expérience au sens propre qui tient autant de la thérapie que du cinéma. Avec The Grandmaster, Zhnag Ziyi retrouve en partie le cinéma d’action face au mélancolique Tony Leung et à l’élégance magnifique du cinéma de Wong Kar-wai. Le film montre combien Zhang Ziyi est une comédienne subtile, capable de se battre à mains nus contre celui qu’elle aime, comme on se livrerait à une scène d’amour pleine de pudeur et de bouleversement.
Cette démonstration permanente de funambulisme a conduit Zhang Ziyi à atteindre une dernière forme d’équilibre ; celui, parfait, entre l'icône rêvée que l’on voit sur les écrans et la femme qui refuse d'y correspondre. On la croit inatteignable, insaisissable, - ce visage impossible à déchiffrer, ce sourire énigmatique-, elle est simplement discrète. Après le triomphe planétaire de Tigre et Dragon, elle aurait pu enchaîner les rôles calibrés pour l'export. Elle a fait l'inverse, refusant la plupart des propositions qui ont suivi, « qui ne lui offraient que des rôles de victimes ». Ce qui intéresse Zhang Ziyi à travers son métier ? « Donner une forme aux sentiments ». C’est peut-être pour cela qu’elle choisit en 2021 d’incarner une ouvrière chinoise, mais aussi épouse amoureuse et mère de deux enfants dans la Chine de 1969, dans le court-métrage Poem, qu’elle réalise aussi !
Il y a vingt-cinq ans, l’artiste que Lyon s'apprête à célébrer a crevé l’écran au bout d’un fil, mais avec une personnalité qui ne fera jamais d'elle une marionnette.
Carlos Gomez