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RÉTROSPECTIVE

Norman Jewison, l’impatient !

POSTÉ LE 12.10.2026

Norman Jewison disait qu’il terminait vite ses films par impatience, et qu’ainsi il n’a jamais dépassé ses budgets. Il disait aussi de lui : « Je suis très paresseux. J’attends que la scène, le lieu et les acteurs me donnent l’inspiration ». Derrière cette impatience et cette (fausse) paresse, se cache en réalité un cinéaste populaire, éclectique et romanesque jusqu’au génie !

 

MUSIQUE

Né en 1926 et mort en 2024, au Canada, Jewison forme son œil en travaillant pour la télévision américaine et anglaise. En 1951, il écrit, dirige et produit des shows télé, surtout musicaux. En 1958, NBC lui confie l’émission qui marque le retour de la comédienne et chanteuse culte Judy Garland. De cette expérience, il acquiert le sens du rythme, qui fera le succès plus tard de ses films musicaux, dont Un violon sur le toit  (1971) ou Jesus Christ Superstar  (1973). 

 

COMÉDIE 

Le rythme, c’est aussi la comédie ! Jewison entame sa carrière de cinéaste par l’humour, grâce à Tony Curtis qui l’engage pour réaliser Des ennuis à la pelle, en 1962, année où il fonde sa société de production Simkoe. « La comédie est un genre bien plus délicat que les autres », dit-il en 1970, qu’elle soit le marivaudage pétillant Ne m'envoyez pas de fleurs  (1964), le satirique Les Russes arrivent  (1966), ou le délirant et très inspiré Éclair de lune  (1987) !

 

FRANC-TIREUR 

Diplômé en anglais et philosophie, grand cinéphile, Jewison réalise 24 films entre 1962 et 2003. Également scénariste, il n’aime pas écrire seul. Il se dégage un univers masculin secret de certains de ses films dont les héros ont comme point commun d’être de remarquables francs-tireurs. James Caan dans Rollerball  (1975), Sylvester Stallone dans F.I.S.T.  (1978), Al Pacino dans Justice pour tous  (1979), incarnent des personnages dressés face à la société défaillante. Certains gagnent. D’autres pas. 

 

STEVE MCQUEEN

Le plus franc-tireur de tous est Steve McQueen dans Le Kid de Cincinnati  (1965), monté par Hal Ashby, et un des films préférés de Jewison, et le mythique L’Affaire Thomas Crown  (1968). Deux œuvres sensuelles, élégantes, avec une vraie part de totale improvisation au tournage, chorégraphiée par le corps leste de McQueen. Des odes à la liberté, celle de tout perdre, et celle de tout gagner. La grâce remplace la morale. Ce sont des films qui disent que tout est possible. 

 

AFRO-AMÉRICAIN

New yorkais d’adoption, combattant dans la Royal Canadian Navy de 1944 à 1945, Jewison à son retour visite les États du sud des USA. Il découvre la condition de vie des Afro-Américains. Cela devient un sujet majeur de son œuvre.  Il sensibilise grâce à son approche populaire des histoires, les Américains à ce scandale qu’est la Ségrégation, et pas seulement. Dans la chaleur de la nuit  (1967), un de ses plus grands films et un immense succès, met aux prises un flic afro-américain du nord (Sidney Poitier, captivant) et un flic blanc du sud (Rood Steiger, impeccable) pour résoudre une même enquête dans l’état du Mississippi. Jewison se sert de sa courte expérience d’acteur, pour travailler l’improvisation avec ses comédiens. Les regards intenses, les moments impulsifs qui peu à peu gagnent en tranquillité, et le suspense font beaucoup pour montrer que les hommes sont tous égaux, et devraient avoir les mêmes droits. Le cinéaste reviendra à ce thème fondamental avec A Soldier’s Story  (1984) et Hurricane Carter  (1999).

 

MUSES

François Truffaut, Fred Zinnemann et William Wyler. 

 

JANE FONDA

Inclassable, Jewison l’est à coup sûr. En 1978, installé dans sa ferme au Canada, à élever du bétail et fabriquer du sirop d’érable, alors qu’il a reçu des Oscars, Baftas, et autres Emmys, il s’attelle à des projets uniques comme le très beau Agnès de Dieu  (1985). Le franc-tireur est devenu une femme, incarnée par Jane Fonda, lumineuse et recueillie, qui mène une enquête dans un monastère de femmes. La preuve que Jewison était capable de tout embrasser !

 

Virginie Apiou